Agriculture biologique

La ferme fabrique ses propres intrants

Nous n’achetons ni engrais ni pesticide. Tout ce qui nourrit la papayeraie et le verger sort de la ferme elle-même : le compost vient des porcs et des lapins, les traitements viennent du clapier. Voici le procédé, en détail, avec les dosages.

Compost sombre et riche, prêt à être épandu.
Le principe

Un déchet est un intrant mal placé

Une exploitation classique achète ses engrais en devises, les fait venir de loin et subit les ruptures d’approvisionnement. Le coût des intrants finit par manger la marge, et la qualité dépend d’un fournisseur sur lequel le producteur n’a aucune prise.

À Kokounou, nous avons pris le problème par l’autre bout : installer l’élevage à côté des cultures, et faire circuler la matière entre les deux. Les porcs et les lapins produisent chaque jour de quoi fertiliser les arbres ; les arbres produisent chaque jour des écarts de tri qui nourrissent les animaux. Ce n’est pas une position écologique, c’est une décision économique qui se trouve être écologique.

Ce qui n’entre jamais sur la ferme

  • Engrais minéraux de synthèse (NPK, urée)
  • Insecticides et fongicides chimiques de synthèse
  • Herbicides — le désherbage est manuel et le paillage fait le reste
  • Régulateurs de croissance et colorants de maturation
  • Sulfites sur les fruits séchés
Procédé n° 1

Le compost, seize semaines

C’est notre unique fertilisant. Un andain mal monté chauffe mal, ne détruit pas les graines d’adventices et sent mauvais ; un andain bien monté monte à soixante-cinq degrés en quatre jours et sort du compost noir, grumeleux et inodore.

La recette de l’andain

Nous visons un rapport carbone/azote d’environ trente pour un. En volume, cela donne :

40%
Matière brunePaille, tiges de papayer broyées, feuilles sèches, sciure non traitée
30%
Lisier de porcCollecté à la raclette, mélangé à sa litière de paille
20%
Fumier de lapinCrottins secs récupérés sous les clapiers, très riches en azote
10%
Verts de la fermeÉcarts de tri, épluchures de l’atelier, herbe de fauche
Compost mûr tenu à pleines mains.
01

Montage

Andain d’un mètre cinquante de haut sur deux mètres de large, monté en couches alternées de vingt centimètres, humidifié couche par couche jusqu’à l’humidité d’une éponge essorée.

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Montée en température

Le cœur atteint 60 à 70 °C en trois à cinq jours. Cette phase thermophile détruit les graines d’adventices et les germes pathogènes. Elle est contrôlée à la sonde tous les deux jours.

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Retournements

Cinq retournements à la fourche sur les huit premières semaines : à J+7, J+14, J+28, J+42 et J+56. À chaque fois, l’extérieur froid passe au centre chaud.

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Maturation

Huit semaines de refroidissement à l’abri de la pluie battante. Le tas cesse de chauffer, les vers de terre arrivent : c’est le signe que la maturation est en cours.

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Criblage

Passage au crible de dix millimètres. Le refus repart en tête du prochain andain. Le produit fini est noir, grumeleux, sent la forêt et ne laisse plus reconnaître aucun de ses ingrédients.

Trois tests avant épandage

  • Le tas ne remonte plus en température après un retournement.
  • L’odeur est celle de l’humus, jamais de l’ammoniac.
  • Des graines de cresson semées dedans germent normalement — un compost immature les brûle.
Procédé n° 2

L’urine de lapin, notre traitement foliaire

C’est la partie du procédé qui surprend le plus les visiteurs. L’urine de lapin est très concentrée en azote et contient des composés soufrés que beaucoup de ravageurs fuient. Diluée correctement, elle nourrit la feuille et éloigne les insectes ; mal diluée, elle brûle la plante en une matinée.

Lapins au clapier, autour de la mangeoire.
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Collecte

Les clapiers sont montés sur caillebotis au-dessus de plaques inclinées en tôle. L’urine s’écoule vers une gouttière et tombe dans un bidon fermé de deux cents litres, à l’ombre.

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Fermentation

Quinze à vingt et un jours en bidon fermé, remué tous les trois jours. La fermentation stabilise le produit et fait tomber l’agressivité de l’ammoniac libre.

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Filtration et dilution

Filtrage sur toile fine pour ne pas boucher les buses, puis dilution à l’eau claire selon l’usage : une part pour dix en foliaire courant, une part pour vingt sur jeunes plants, une part pour cinq en arrosage au pied.

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Application

Pulvérisation en fin de journée, jamais en plein soleil, sur le dessus et le dessous des feuilles. Toutes les trois semaines pendant la phase végétative, arrêt complet vingt et un jours avant récolte.

Les dilutions que nous utilisons

UsageDilutionFréquenceRemarque
Foliaire, pied adulte1 : 10Toutes les 3 semainesLe dosage de routine en végétation
Foliaire, jeune plant1 : 20Toutes les 3 semainesFeuillage tendre : au-delà, ça brûle
Arrosage au pied1 : 5Tous les 2 moisEn complément du compost, jamais à la place
Répulsif cochenilles1 : 10 + savonAu constatAvec un peu de savon noir comme mouillant

Les trois règles que nous ne transgressons pas

  • Jamais de pulvérisation en plein soleil : la feuille brûle en une heure.
  • Jamais d’urine fraîche non fermentée sur une plante.
  • Arrêt vingt et un jours avant la première récolte de la parcelle.
Terre de la parcelle examinée à la main.
Le sol

Couvrir, ne jamais laisser la terre nue

Sous un climat qui reçoit ses pluies en quelques semaines violentes, un sol nu part au premier orage. Entre les rangs de papayers, nous maintenons en permanence un paillis épais de tiges broyées, de résidus de taille et d’herbe de fauche.

Le paillis retient l’humidité entre deux arrosages, empêche la levée des adventices, amortit l’impact des gouttes et se décompose lentement en nourrissant les vers de terre. Le sol reste meuble, sombre et vivant — c’est le meilleur indicateur dont nous disposions.

Paillage permanent

Dix centimètres entre les rangs, jamais en contact avec le collet des pieds.

Couverture vivante

Légumineuses semées dans les interlignes jeunes : elles fixent l’azote et tiennent le sol.

Verger diversifié

Manguiers, avocatiers, pruniers et citronniers cassent la monoculture et brouillent la piste des ravageurs.

Bandes fleuries

Laissées en bordure pour les pollinisateurs et les prédateurs naturels des pucerons.

Ce que ça change

La boucle, en chiffres

0 kg
Engrais de synthèse achetés
La fertilisation vient entièrement du compost de la ferme.
16
Semaines de maturation du compost
Dont huit de phase active avec cinq retournements.
1 : 10
Dilution foliaire de routine
Urine de lapin fermentée, appliquée en fin de journée.
21 j
Délai avant récolte
Aucun traitement, même naturel, dans les trois semaines qui précèdent.
Et ensuite

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